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Transcription de la vidéo : Patrick Artus - Bilan économique 2011

Paroles d'Experts - Patrick Artus, directeur de la Recherche et des études de Natixis

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Bilan économique 2011

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Patrick Artus, directeur de la Recherche et des études de Natixis

[Patrick Artus]

2011, c’est une année assez particulière parce qu’au début de l’année, la plupart des économistes, des analystes dans les banques ou même des hommes politiques étaient assez optimistes. On a même vu un certain nombre de confrères des banques anglo-saxonnes attendre 4% de croissance aux États-Unis, enfin donc, ça avait été initialement perçu comme étant une véritable année de reprise économique après la grande crise de 2009 qui venait de la faillite de Lehmann Brothers. Et donc, c’est une année de très grande désillusion, puisque finalement c’est une année où l’économie a été assez forte en début d’année effectivement puis a continûment ralenti et l’économie a ralenti partout, elle a ralenti aux Etats-Unis, elle a ralenti en Europe, elle a ralenti dans les pays émergents et donc on a une année avec un profil très particulier, de freinage à peu près continuel jusqu’au milieu de l’année au États-Unis et tout à fait à la fin de l’année en Europe puisque le 4e trimestre en Europe va être plus mauvais encore que le 3e.

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Quels sont les faits marquants en 2011 ?

[Patrick Artus]

Alors qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui n’avait pas été vu par les analystes optimistes je dirais, d’abord que l’on a nulle part dans les pays de l’OCDE de reprise du crédit, c’est trop tôt pour avoir une reprise du crédit, donc ni aux EU, ni en Europe, ni au Japon on a une reprise du crédit et effectivement une reprise économique sans reprise du crédit c’est un animal assez bizarre qui se produit rarement et donc, ceci est un facteur d’affaiblissement important des économies.

Aux EU, il semble que les optimistes avaient sous-estimés la mauvaise situation financière des ménages qui continue, il y a encore beaucoup de ménages américains qui ont des problèmes avec leurs crédits, qui font défaut sur leurs crédits, qui perdent leur maison quand ils étaient propriétaires et qu’ils s’étaient endettés trop.

Et en Europe évidemment, et je vais y revenir dans une seconde, la crise des dettes qui devient beaucoup plus sévère à partir du mois de juin, juillet, alors qu’au début de l’année on pensait avoir réglé le problème des dettes publiques dans la zone euro.

Japon, bien sûr, il y a le tsunami qui perturbe l’analyse mais même en dehors du tremblement de terre, l’économie japonaise est restée déprimée pendant l’année 2011.

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Et concernant l’inflation dans les pays émergents ?

[Patrick Artus]

Les émergents ont eu un problème d’inflation et comme l’inflation a augmenté dans les pays émergents et c’est surtout une inflation qui est due au prix des matières premières et surtout aux prix de l’alimentation ; les prix de l’alimentation comptent énormément dans les indices de prix des émergents, l’alimentation c’est 1/3 de la consommation des ménages dans les pays émergents ; dans la première moitié de l’année les banques centrales des pays émergents ont toutes menées des politiques plus restrictives pour lutter contre l’inflation. Donc, on a eu des hausses de taux d’intérêts, des mesures de restriction du crédit, et donc moins de crédits, et comme on a eu moins de crédits, on a aussi perdu de la croissance à peu près dans tout le monde émergent jusque à la fin de l’été de l’année dernière.

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Que s’est-il passé pour la zone euro ?

[Patrick Artus]

Le pire bien sûr et le plus violent ça a été la crise de la zone euro. À nouveau au début de 2011 on pensait qu’on allait arriver à sortir de cette crise, les premiers symptômes apparaissent en 2009, au moment où on s’aperçoit que la Grèce a en réalité des déficits publics beaucoup plus élevés que ce qu’on croyait connaître. Et puis en 2011, il s’est passé une contagion généralisée, je pense qui est lié à une très mauvaise gestion de la crise par les chefs d’état et les institutions européennes qui ont, d’ailleurs sous la pression des allemands, au printemps 2011, passés le message que, il pouvait y avoir un défaut non seulement de la Grèce mais potentiellement de tous les pays européens. Ce qui, évidemment, a encouragé la plupart des investisseurs à se débarrasser de leurs dettes publiques à commencer par le Portugal, l’Espagne et l’Italie. Et donc on a eu une très grosse contagion de la crise, qui devient très forte à partir du mois de juillet et puis août, septembre, octobre encore, avec la transmission de la crise de la Grèce à d’autres pays, en particulier à l’Espagne, à l’Italie, même à la Belgique, même à l’Autriche, donc on a une très grande extension de la crise, et je pense à nouveau à cause d’un effet d’affichage désastreux d’une idée, qui est une idée allemande, qui est de dire, il faut que les investisseurs privés se disent qu’il n’est pas 100 % certain que quand ils achètent une dette publique, ils ne vont pas être obligés de perdre une partie de l’argent qu’ils auront investi, comme c’est le cas pour les dettes privées. Peut-être que c’est très rationnel comme idée mais en tout cas ça a fabriqué une énorme extension et contagion de la crise à toute l’Europe du Sud. Dont on ne sort d’ailleurs que tout à la fin de 2011 parce que les chefs d’état décident de faire marche arrière et se mettent à affirmer que la Grèce est un cas tout à fait particulier et qu’il n’y a aucune raison que les autres pays de la zone euro subissent le même traitement que la Grèce dans le futur. Mais on a quand même perdu 6 mois pendant lesquels on a compliqué énormément le travail des budgets et des états dans les pays d’Europe du Sud.

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