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Paroles d'experts

Transcription de la vidéo : Patrick Artus - Perspectives économiques 2013

Paroles d'Experts - Patrick Artus, directeur de la Recherche et des études de Natixis

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Perspectives économiques 2013

[Patrick Artus]

Alors si on passe maintenant à l’année 2013, la situation en début d’année est assez claire : l’optimisme, qui vient de ces avancées institutionnelles pour 2012, les interventions possibles de la BCE, le début de gestion européenne des crises bancaires, est toujours là. On continue à voir au début de l’année 2013 une forte amélioration des marchés financiers, que ce soient les marchés d’actions, les marchés d’obligations, les marchés des dettes publiques, pas seulement dans la zone euro puisque le plus grand optimisme dans la crise de la zone euro tire aussi les marchés des émergents, les marchés de certaines matières premières, et donc on reste sur cette vague d’optimisme  qui a caractérisé la seconde moitié de 2012 et qui est liée aux progrès institutionnels en Europe avec une conviction assez grande sur les marchés financiers que la crise de la zone euro, au moins dans sa version aiguë, est finie. Donc une des premières questions clés pour 2013 est de savoir s’il est vrai qu’on ne peut plus avoir de crise aiguë de la zone euro. Et c’est là qu’on peut se dire que l’optimisme des investisseurs est peut-être un petit peu surfait, parce que s’il est vrai qu’une crise financière peut difficilement revenir, dans le même temps la situation des économies de la zone euro continue à se dégrader. On attend une croissance toujours négative en Espagne, en Italie, maintenant en France, au Portugal, en Grèce, le chômage monte dans tous ces pays, monte à des niveaux extrêmement élevés, les investissements des entreprises reculent, et on observe aussi la dégradation de la situation des banques, avec la poursuite de la hausse des défauts des ménages, des défauts des entreprises, des taux d’intérêt qui, même s’ils ont baissé, sont toujours extrêmement élevés pour les entreprises emprunteurs du secteur privé. Donc on peut se dire qu’on a réussi à mettre en place des mécanismes assez puissants de stabilisation financière qui évitent sans doute, effectivement, qu’on puisse reparler du défaut d’un État ou d’une crise bancaire très grave mais qu’on a une coopération extrêmement limitée entre les États pour fabriquer de la croissance et faire repartir les économies réelles. Personne ne vient aider l’Espagne, qui a 27 % de taux de chômage, à recréer des emplois, à avoir plus d’investissements. Il n’y a pas de solidarité autour des économies réelles de la création d’emploi. Il y a des petites choses qui ont été faites, par exemple la banque d’investissement donne un peu plus d’argent pour investir mais enfin, c’est très petit par rapport à l’ampleur du problème des pays comme l’Espagne, la Grèce ou le Portugal. Donc, on a une nature de crise qui a changé, on ne s’attend plus à une crise partant de la finance, mais on peut à nouveau avoir une crise financière partant de ce que les investisseurs vont s’inquiéter du chômage, de la croissance négative, des tensions sociales, du risque politique que ceci génère dans les pays. Donc, je suis moins rassuré que les marchés. Je pense qu’une Banque centrale peut empêcher une crise des liquidités, mais une Banque centrale n’a pas beaucoup d’instruments pour faire baisser le taux de chômage dans un pays où il y a eu l’explosion d’une bulle énorme, immobilière, comme en Espagne ou comme en Irlande.

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La relance chinoise et japonaise

[Patrick Artus]

Le gouvernement chinois lance un plan de relance assez important, assez traditionnel. Qui ressemble d’ailleurs à ce que le nouveau gouvernement japonais annonce. C’est une relance par des investissements publics, de constructions en infrastructures. C’est quelque chose qui, sans doute, va donner un peu plus de croissance au Japon et à la Chine mais faudrait pas croire que c’est une énorme nouvelle pour nous, européens, parce que c’est une relance très domestique. Quand vous construisez des routes ou des immeubles, vous avez extrêmement peu d’appels aux entreprises étrangères pour le faire. Donc c’est très différent d’une relance par l’investissement de l’industrie par exemple.

[Incrustation]

La question du budget des Etats-Unis

[Patrick Artus]

Le troisième grand sujet de 2013, c’est la poursuite du débat budgétaire aux États-Unis. On a évité une catastrophe en début d’année avec un accord en dernière minute entre la présidence et le congrès, pour éviter ce que l’on appelait la falaise fiscale, donc une très forte hausse des impôts et une très forte baisse des dépenses publiques, qui aurait ramené les États-Unis en récession, mais pour l’instant on a gagné un peu de temps, il reste beaucoup de choses à négocier pour être certain qu’il n’y aura pas aux États-Unis une politique budgétaire extrêmement pénalisante, et en particulier, il faut maintenant qu’il y ait un accord entre le président et le Congrès sur des coupes dans les dépenses sur les 10 prochaines années. À quel rythme, sur quels types de dépenses, est-ce qu’il y aura cet accord ? Ceci doit être fait dans les prochains mois donc on a toujours, en ce début d’année 2013, une assez grande incertitude finalement sur l’ampleur du ralentissement américain, car il y aura ralentissement américain. On espère juste que les réductions de dépenses seront très progressives, étagées sur une très longue période de temps. Si c’est le cas, le ralentissement américain ne serait pas catastrophique mais on a échappé de peu à un scénario beaucoup plus gênant pour la planète.