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Paroles d'experts

Transcription de la vidéo : Patrick Artus - Perspectives économiques 2014

Paroles d'Experts - Patrick Artus, chef économiste de Natixis

[Incrustation]

Perspectives économiques 2014

[Patrick Artus]

Perspectives pour l’année 2014, bien entendu 2014 dans certains pays est sur la lancée de 2013 en particulier les États-Unis vont continuer certainement à donner de bonnes nouvelles. On a l’impression que la reprise américaine pourrait même être plus forte que celle qui est anticipée par le consensus des prévisionnistes ou des institutions internationales, en particulier les ménages américains reprennent confiance, et puis les entreprises américaines ont des profits et des réserves de liquidités considérables. Donc ça ne serait pas très difficile qu’il y ait beaucoup plus d’investissements que ce qui est pour l’instant annoncé. Donc on a le sentiment que si on se trompe sur les États-Unis, c’est qu’on n’est pas assez optimiste et qu’il peut y avoir une reprise assez forte. En plus, joue aux États-Unis maintenant, et on commence à le voir dans tout ce qui se passe dans le secteur de l’énergie avec les investissements dans l’énergie, dans les industries liées à l’énergie, avec tout ce qui continue dans le développement du pétrole de schiste, du pétrole non conventionnel, du gaz de schiste, et les prix bas de l’énergie aux États-Unis qui commencent vraiment à avoir des effets très visibles sur l’économie.

 

En Angleterre, aux Royaume-Uni, on a une reprise anglaise, c'est-à-dire que ce qui repart c’est la consommation des ménages et de l’immobilier. Mais pour l’instant du côté des entreprises c’est décevant, les investissements ne repartent pas et donc on a une reprise qui est très britannique, c'est-à-dire qu’elle est tirée par  l’enrichissement immobilier, et l’activité dans le secteur de l’immobilier. Ça fait de la reprise économique mais ce n’est pas une reprise de très bonne qualité tant qu’on a pas plus de progression des investissements productifs des entreprises et de l’industrie.

 

Au Japon il va y avoir quelque chose qui peut être dangereux qui est la hausse très forte de la TVA que le Gouvernement japonais va mettre en place début avril 2014. Trois points de hausse de la TVA pour commencer à réduire le déficit public. Si la hausse de la TVA est prélevée sur l’épargne des Japonais, ce qui est possible puisque  les Japonais ont eu d’énormes plus-values sur leur épargne, il ne se passera rien de très dramatique. Si la hausse de la TVA est prélevée sur la consommation des Japonais, là, le Japon pourrait vraiment rechuter la seconde moitié de l’année 2014.

 

Zone euro, on continue à voir une amélioration. À nouveau, elle est pénible, parce qu’il faut continuer à réduire les déficits publics, parce que les salaires n’augmentent pas, qu’il y a beaucoup de chômage, pas en Allemagne bien sûr, mais dans le reste de la zone euro, parce que la politique monétaire n’est pas très expansionniste. Mais enfin, on continue à voir sans doute dans la zone euro tout au cours de l’année une amélioration très graduelle. L’incertitude dans la zone euro est liée au fait que cette reprise de la croissance n’est pour l’instant pas suffisante soit pour faire baisser les taux d’endettement public,  les dettes publiques continuent à progresser, donc c’est une menace permanente sur la solvabilité des états, pour l’instant les marchés financiers ne sont pas inquiétés, les taux d’intérêts continuent à baisser, mais on va continuer à avoir en 2014 des dettes publiques plus élevées dans la zone euro, et puis là où les ménages ou les entreprises sont très endettés, comme en Espagne, par exemple, on a aussi cette difficulté qui est que la croissance n’est pas assez forte par exemple pour faire baisser le chômage. Donc les difficultés des ménages endettés sur l’immobilier, par exemple, persistent et on continue de voir monter d’ailleurs les taux de défaut des ménages dans les pays du Sud de la zone euro. Donc c’est une reprise de la croissance mais qui ne passe pas le seuil où vraiment les choses s’amélioreraient vraiment, en particulier sur les questions d’endettement.

 

Et puis dans le monde émergent, on a toujours les mêmes interrogations que l’année dernière. La crise des émergents s’amplifie en début d’année, en janvier 2014 on a vu des fortes dépréciations des devises, en Turquie, en Afrique du Sud, au Brésil. La situation turque est quand même assez inquiétante, la situation indienne est assez inquiétante, toujours avec le même mécanisme : les capitaux sortent des émergents, ça provoque une crise des balances de paiement, avec de très fortes hausses des taux d’intérêts, les banques centrales réagissent en montant les taux donc on a quand même l’impression qu’on va avoir une activité beaucoup ralentie dans un certain nombre de pays émergents. Alors pas tous les émergents mais ce sont de grands émergents, à nouveau, Brésil, Inde, Afrique du Sud, Turquie, Indonésie, qui vont ralentir parce qu’il va falloir colmater ces brèches, remonter les taux d’intérêts pour essayer de réattirer les capitaux, réduire les déficits extérieurs. Donc on amplifie le mouvement de 2013 où déjà le monde OCDE accélérait, le monde émergent ralentissait.

 

Et puis, il y a l’interrogation chinoise. On ne sait pas trop, d’ailleurs, comment caractériser la situation chinoise parce qu’on a beaucoup de croissance en Chine, mais avec un changement extrêmement brutal de l’origine de la croissance. C’est plus l’industrie, l’industrie ne va pas très bien, les exportations ne vont pas très bien, mais c’est tout ce qui tourne autour de la construction ; les chinois appellent ça la croissance par l’urbanisation, donc au lieu d’exporter des produits industriels qu’on produit en masse, on construit des villes et ça s’est fait très brutalement et ceci s’amplifie en 2014. Donc c’est une croissance d’assez mauvaise qualité qui en plus génère beaucoup d’endettement parce que tout ce qui tourne autour de l’immobilier se fait avec du crédit et souvent du crédit de banques extrêmement mal régulées qu’on appelle les « shadow bank », les banques de l’ombre, les trusts, et donc on a une inquiétude sur la Chine bien que la croissance globale de la Chine reste forte mais c’est une croissance qui crée beaucoup de déséquilibres, beaucoup de risques liés à l’endettement.