#Gestion D'actifs #Transition Verte
Publié le 21/09/21
Lecture 30 Min.
Publié le 21/09/21
Lecture 30 Min.
#Gestion D'actifs #Transition Verte

L’eau est une ressource essentielle : considérée comme le deuxième poumon de la planète qui stocke et recycle le carbone, elle fournit 50 % de notre oxygène et régule le climat. Nos vies, nos sociétés et nos économies sont dépendantes de la bonne santé des ressources en eau. Pourtant, chaque année, 8 millions de tonnes de plastiques sont déversées dans les océans. Face à l’urgence climatique et environnementale, comment la finance peut-elle protéger les écosystèmes marins ? David Sussmann, Président fondateur de Pure Ocean, et Arnaud Bisschop, co-fondateur de Thematics Asset Management* et gérant du fond Water, répondent à nos questions à travers ce podcast de la série Green Momentum.

ARNAUD
BISSCHOP

Arnaud Bisschop, cofondateur de Thematics Asset Management

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DAVID
SUSSMANN

Président fondateur de Pure Ocean

Crédit photo © ALLARD

Les défis de l’eau : un enjeu financier majeur  

Prenons quelques indicateurs clés pour mieux comprendre la situation actuelle des mers et des océans. Saviez-vous que les déchets plastiques jetés en mer peuvent mettre jusqu’à mille ans pour se dégrader ? Chaque année, les microplastiques présents dans l’eau provoquent la mort de plus d’un million d’oiseaux marins et de plus de cent mille mammifères marins. Or, l’océan qui représente 71 % de la surface de la terre et 97 % des espaces disponibles à la vie, nourrit directement 3 milliards d’humains. Nos ressources en eau sont mises en péril par de nombreux facteurs : dérèglement climatique, acidification, pollution, destruction d’habitats et de biodiversité, surpêche, etc.

La durabilité de notre système économique dépend essentiellement de nos écosystèmes naturels. Aussi, la bonne santé des océans est-elle en train de devenir la nouvelle frontière pour les acteurs de la finance durable. En effet, aujourd’hui, 60 millions de personnes exercent une activité professionnelle en lien avec les océans. Et d’ici à 2030, le poids de l’économie maritime mondiale représentera près de 3 000 milliards de dollars, selon les estimations de l’OCDE. Rien que le marché des algues en Europe pourrait atteindre 9,3 milliards d’euros et créer 115 000 emplois d’ici à 2030. La croissance de l’économie bleue doit ainsi aller de pair avec une meilleure gestion de l’eau. Comment allier une bonne santé financière à la protection des environnements et des sociétés dépendantes des ressources en eau ?  

 

L’essor de la finance bleue et durable

La finance joue un rôle majeur dans la protection de l’environnement marin et des océans, notamment en finançant les industries qui privilégient la préservation et l’entretien des ressources en eau et de sa biosphère. Le périmètre couvert par la finance bleue est très large : décarbonation du transport, énergies marines, zéro pollution, régénération des ressources, solutions fondées sur la nature pour protéger les côtes et capturer le carbone, biotechnologies bleues durables (comme les algues, l’aquaculture, les technologies de la protection et de l’exploration marine), pêche durable et écotourisme. Le financement de toutes ces activités concourt à préserver durablement l’écosystème marin en répondant à un objectif : transformer la décarbonation et l’exploitation durable des ressources marines, notamment, en opportunités ouvertes à tous et bénéfiques pour la planète.

 

En 2018, la commission européenne, l'UNEP-FI, la BEI, le World Resource Institute et le WWF ont défini les grands principes de la finance bleue durable qui font aujourd’hui référence au niveau international. Plus récemment, ces principes ont été complétés par les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies avec notamment le 13e ODD sur les mesures relatives à la lutte contre le changement climatique et le 14e ODD concernant la vie aquatique. La Commission européenne travaille par ailleurs à la taxonomie de la finance durable afin de définir les actifs éligibles. Pour le secteur maritime et la biodiversité marine, les discussions techniques sont toujours en cours. La finance bleue se développe déjà en parallèle, en attendant des directives européennes officialisées.

 

La démocratisation de la finance bleue : une prise de conscience collective

L'économie bleue est un thème environnemental qui s’inscrit dans la préservation du capital naturel. Elle revêt également une dimension sociale forte : accès aux stocks de poissons pour les populations des régions littorales, réduction de la pollution de l’air et des déchets plastiques, protection des écosystèmes côtiers et créations d’emplois dans le tourisme responsable. Elle a donc besoin de l’engagement de la puissance publique pour mieux faire connaître les opportunités de l’économie bleue auprès des investisseurs généralistes publics et privés.  Des mesures réglementaires doivent être mises en place ainsi que des actions incitatives pour financer l’innovation. Déployer de nouveaux supports de financement sous la forme d’obligations bleues (blue bonds), accompagner les investisseurs publics vers ces supports, financer des technologies liées au verdissement des activités maritimes constituent autant d’actions nécessaires à mettre en œuvre... La vague de transition en faveur de l’économie bleue est en cours. Elle offre un potentiel de croissance, d’emplois et d’innovations certain avec un impact positif sur les sociétés mondiales actuelles et futures.

 

*Thematic Asset Management est un affilié de Natixis Investment Managers