• Comment l’Europe peut-elle revenir dans la course à la croissance ?

    Drapeaux européen et américain
    Publié le 06/03/21
    Lecture 5 Min.

    Joe Biden annonce un énorme plan de relance de 1 700 milliards de dollars. S’il est adopté, « Build Back Better » vise à augmenter la production et l’emploi manufacturiers aux États-Unis en créant plus d’un million d’emplois, tout en s’inscrivant dans la perspective d’une économie américaine à zéro émission carbone nette d’ici à 2050. Face à ce programme mastodonte, comment l’Europe, et la France en particulier, doivent-elles se comporter ? Les États membres peuvent-ils et doivent-ils viser des montants aussi ambitieux alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est déjà engagée sur un plan de relance de 750 milliards d’euros ? Responsable de la recherche de la Banque de grande clientèle de Natixis, Jean-François Robin s’interroge sur les faiblesses et les atouts de l’ancien continent.

    Face au méga-plan Biden pour les États-Unis, l’Europe est-elle à la hauteur ?

    Il faut comparer ce qui est comparable. En France, les dépenses publiques représentent 63 % du PIB, et l’économie est très liée à l’interventionnisme public. Ce qui n’est pas du tout le cas aux États-Unis où ces dépenses comptent pour 24 % du PIB et où les mécanismes de protection sociale, comme le chômage partiel ou le revenu minimum, n’existent pas comme en France ─ aussi, le plan de Joe Biden rapproche-t-il le fonctionnement de l’économie américaine de celui de la France ou de l’Europe. Cela n’aurait aucun sens pour la France de faire 25 points de PIB de dépenses supplémentaires puisque les amortisseurs sociaux existent déjà.

    L’autre différence, c’est que le poste des dépenses publiques est permanent dans les PIB français ou européens, alors qu’il est amené à disparaître très vite aux États-Unis. Par exemple, la distribution de chèques aux ménages s’arrêtera en septembre. C’est le principe du « On-Off », c’est-à-dire la mise en place temporaire d’une opération unique ou exceptionnelle. Il faut aussi savoir que le plan américain est un plan à dix ans et beaucoup de sommes ne sont pas encore décaissées ni même votées dans le cas du plan infrastructure. À l’inverse, le plan de relance européen a déjà commencé à être décaissé par les États membres.

     

    La France a-t-elle intérêt à agir de même, en distribuant par exemple des chèques aux ménages ?

    Ce volet du plan Biden tel qu’il est annoncé n’a pas lieu d’être en France. Nous n’avons pas de problème de demande. La consommation n’a baissé que de 10 % pendant la période du confinement. On l’a bien vu en mai et en novembre 2020, avec la réouverture, la consommation redevient tout de suite normale. Il n’y pas tellement besoin de la booster, essentiellement en raison du surplus d’épargne de 165 milliards d’euros accumulé par les Français entre 2020 et 2021. Avec le plan de relance et de digitalisation mis en place par le gouvernement français, beaucoup de mesures sont déjà lancées. 30 % des 100 milliards d’euros prévus ont d’ores et déjà été engagés et le gouvernement continue de soutenir les entreprises en ne retirant pas ou en maintenant encore les mécanismes d’aide (chômage partiel, fonds de solidarité, prêts…).

     

    D’autres aspects du plan sont-ils inspirants ?

    Grâce à leur programme de dépenses fédérales, les États-Unis vont atteindre 7% de croissance en 2021. Nous prévoyons 4,4% pour l’Europe, 5 %, voire 6 % en France. Au final, le plan Biden va s’étaler sur presque une décennie. En particulier, le volet Infrastructures est très intéressant et à mettre en parallèle avec les stratégies européenne et notamment française. France Relance, le plan de soutien présenté en septembre 2020, offre une feuille de route pour bâtir la France de 2030, tant sur les plans économique que social et écologique. Les objectifs sont clairs : mettre le paquet tant en matière de transition écologique que de digitalisation, de rénovation de logements ou de passage à la 5G. De ce point de vue, il faut regagner le terrain perdu mais il faut aussi accélérer les actions de formation, les investissements green et aussi muscler notre production de batteries et de nouvelles générations de semi-conducteurs par exemple.

     

    La France peut-elle marcher seule ou a-t-elle besoin du soutien européen ?

    On est beaucoup plus efficace quand on met ensemble nos forces et nos ressources. Les volets du plan de relance sur la production de batteries et semi-conducteurs, ou la création d’une taxe carbone ne peuvent voir le jour efficacement qu’au niveau européen. Sur les 100 milliards d’euros prévus dans le plan France Relance, 40 % seront financés par l’Europe. À ce titre, ce plan marque le premier pas vers une politique budgétaire européenne…

     

    Cette amorce de fédéralisme constitue-t-elle un atout pour la France et l’Europe ?

    On voit bien qu’on est dans un jeu où la dimension européenne est essentielle. Si l’Europe veut être bien positionnée face à la Chine et aux États-Unis dans les domaines de la digitalisation de l’hydrogène ou des semi-conducteurs, sans parler du domaine militaire et de la cybersécurité, elle doit être unie.

     

    Quelles sont les meilleures cartes à jouer pour la France ?

    Il y a beaucoup à faire. Nous avons la matière grise, mais nous manquons de capacité de production. Il faut construire ou reconstruire des filières. Nous pouvons certes nous appuyer sur nos propres atouts : pour l’hydrogène, nous avons, en France, le leader mondial, Air Liquide ; pour l’électrification des voitures, Renault et Peugeot peuvent bien tirer leur épingle du jeu. Mais il faut passer à la vitesse supérieure pour les énergies renouvelables, photovoltaïque, hydroélectrique, éolienne où l’Espagne et l’Allemagne ont pris un peu d’avance. Pour les semi-conducteurs, où les besoins sont énormes, la construction d’une filière européenne basée sur les forces du leader mondial, ASML, basé aux Pays-Bas, serait un chantier majeur.

     

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