• Faut-il se protéger de l’inflation ?

    Main humaine touchant un picto représentant l'inflation économique
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    Alors que chacun espère un redémarrage de l’économie, un indicateur est sous haute surveillance : celui de l’inflation. Directeur de la recherche économique et chef économiste chez Ostrum Asset Management, Philippe Waechter prend le pouls de ce phénomène qui peut enflammer ou stimuler toutes les économies à l’échelle mondiale.

    Natixis biographie > Philippe Waechter

    Directeur de la recherche économique et chef économiste chez Ostrum Asset Management

    évolution du taux d'inflation en 2021

    • Graphique : évolution du taux d'inflation aux Etats-Unis en 2021
    • Graphique : évolution du taux d'inflation en France en 2021
    • Graphique : évolution du taux d'inflation en Europe en 2021
    • Graphique : prévisions pour l'inflation en 2021 et 2022

    Après une longue période d'inflation au-dessous des cibles des banques centrales, les signes de reprise de l’inflation se confirment-ils ?

    Le regain d’attention sur l’inflation résulte de la situation américaine. Là-bas, le taux d’inflation a explosé en avril puis en mai (voir chiffres ci-dessus). La hausse enregistrée en mai dernier est la plus élevée depuis l’automne 2008. Elle est bien plus élevée que la cible de 2 % de la banque centrale.

    Cette situation est spécifique aux Etats-Unis. La zone Euro n'est pas concernée de la même façon. L'inflation en juin est un peu en-dessous de la cible de la BCE.

    Une première réflexion sur l'inflation dans les pays développés est la contribution très élevée de l'énergie. Aux Etats-Unis, 2 % de l'inflation, sur les 5% du mois de mai, provient de l'énergie. En zone Euro, c'est 1,2% sur 1,9% en juin. Cela tient au fait qu'au printemps 2020, le prix du pétrole avait chuté pendant le confinement.

    Dans les pays émergents, l'accélération de l'inflation résulte grandement de la hausse des prix alimentaires. Ils ont un poids très important dans les indices de prix.

     

    Cette flambée outre-Atlantique peut-elle être contagieuse ?

    Le point particulier de l'inflation américaine est la vive accélération de l'inflation sous-jacent i.e. l'inflation hors énergie et produits alimentaires. Elle s'est établie à 3,8 % en mai. C'est le chiffre le plus fort depuis juin 1992.

    Dans le détail, on remarque une très vive progression des composantes de l'indice des prix liées aux transports. Les ménages ont profité de la prime distribuée par le premier plan de relance Biden (400 Md$ au total en mars) et de la levée des contraintes sanitaires pour voyager. Le prix des billets d'avion a augmenté, celui des voitures d'occasion a vu sa contribution multipliée par presque 4 soit environ 0,8 %. Sur ce point, les constructeurs automobiles sont contraints par la crise des semi-conducteurs qui les empêchent de produire autant que souhaité. D'où le report sur les véhicules d'occasion.

    Il y a donc un caractère temporaire à l'inflation américaine. Il y a le pétrole et les effets du plan de relance. Dans les autres secteurs, les mouvements de prix n'ont pas du tout la même allure. Pendant quelques mois, le taux d'inflation sera élevé. La question est de savoir si cela aura un effet sur les salaires. S'il n'y a pas d'indexation des salaires sur l'inflation, celle-ci ne sera pas persistante, ne poussant pas la Fed à intervenir rapidement.

     

    Quelle est la situation en Europe ?

    Les tensions sur les prix sont bien moindres. En dehors de l'effet énergie, déjà évoqué, les tensions sur les prix sont réduites. Il n'y a pas eu de plan de relance à l'américaine. Les ménages n'ont pas vu leur compte en banque se garnir brutalement. La dynamique de demande n'est donc pas la même, beaucoup moins forte en zone Euro qu'aux Etats-Unis.

    La politique économique en Europe a été préventive, limitant les risques sur l'emploi et les revenus mais sans effet d'accélération. L'inflation n'est donc pas un sujet immédiat de préoccupation pour la BCE.

    Le point intéressant sera la mise en œuvre de la nouvelle cible d'inflation par la BCE. Cette dernière peut désormais tolérer un taux d'inflation supérieur à 2 % sans nécessairement intervenir. Cette nouvelle stratégie de la BCE est un compromis entre les contraintes immédiates sur les prix dans le cycle économique et l'impact que pourrait avoir le changement climatique sur la formation des prix dans le long terme. Ce changement est fascinant car la BCE, en phase avec la Commission européenne, veut prendre en main le changement climatique. Elle donne une autre dimension au métier de banquier central.

     

    Comment anticiper et optimiser les prochaines fluctuations ?

    Pour l'instant, et même aux Etats-Unis, les banques centrales n'ont pas à intervenir. Aux Etats-Unis parce que l'inflation a un caractère temporaire et puis partout ailleurs parce que la crise sanitaire n'est pas forcément achevée. Il est trop tôt pour en écarter les risques et contraindre l'économie dès maintenant.

    Le second point sera de surveiller les modes d'indexation des salaires. Dans les années 1970, cela avait été un facteur majeur de l'inflation persistante.

    Le troisième point est que l'économie change après la crise sanitaire. Elle se reconstruit et un taux d'inflation un peu plus élevé pourrait favoriser son ajustement, un peu comme dans les années 1970 après le premier choc pétrolier. De nombreux secteurs de l'économie n'étaient plus viables et l'inflation avait facilité l'ajustement macroéconomique. Un mécanisme similaire pourrait être à l'œuvre à moyen terme.

    L'inflation avait disparu des questions macroéconomiques, elle pourrait revenir mais ce n'est pas encore le cas.

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