• La frugalité à l’heure du numérique

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    #Digital et innovation
    Publié le 03/11/21
    Lecture 30 Min.

    Le numérique a révolutionné le fonctionnement des organisations et des entreprises à une vitesse vertigineuse. Il est source d’innovation et de progrès, à condition de respecter des valeurs éthiques et durables, plus soucieuses de la société et de l’environnement. Pour atteindre cet objectif, les entreprises s’emparent du numérique responsable pour optimiser leurs outils tout en limitant leurs impacts négatifs et leur consommation. Quelles stratégies adoptent-elles ? Découvrez les témoignages de Philippe Derouette, architecte d’entreprise dédié au numérique responsable chez BPCE, et de Marie Joron-Mélyon, en charge du numérique responsable chez Natixis à travers ce podcast Green Momentum.

    • Marie Joron-Mélyon
      Marie
      Joron-Mélyon

      En charge du numérique responsable chez Natixis

    • Philippe Derouette
      Philippe
      Derouette

      Architecte d’entreprise dédié au numérique responsable chez BPCE

    La face cachée du numérique : impacts et pollution

    Nous sous-estimons très largement l’empreinte matérielle du numérique. S’il semble être invisible et dématérialisé, ses impacts sont bien réels depuis la fabrication d’outils numériques à leur valorisation en fin de vie, en passant par leur transport, leur distribution et leur consommation. Par exemple, la fabrication d’un ordinateur portable de 2 kilos nécessite près de 600 kilos de minéraux. Nous devons y ajouter 1,5 tonnes d’eau douce et jusqu’à 25 kilos de produits chimiques utilisés tout au long de la chaîne de production. C’est ce qu’on appelle le « sac à dos écologique » : on comptabilise toutes les ressources naturelles mobilisées depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fabrication d’un produit fini. Le ratio est très déséquilibré : pour produire des appareils électriques à forte composante électronique, il faut mobiliser en moyenne entre 50 et 350 fois leur poids en matières premières. Soit l’équivalent de 500 kilos de matériaux pour fabriquer une box internet par exemple.

    Bien souvent, la production de matériels informatiques est plus polluante que leur consommation. Intéressons-nous maintenant à l’extension moderne de notre main : les smartphones ! Saviez-vous qu’ils sont plus polluants que les data centers ? Comment est-ce possible ? Tout simplement en raison de leur nombre : plus de 5,19 milliards de détenteurs de téléphones mobiles dans le monde en 2020. Depuis 2007, 10 milliards de téléphones portables se sont vendus dans le monde.

    Les conséquences et les impacts des outils numériques de notre quotidien ─ ordinateurs, smartphones ou écrans ─ sont multiples : amoindrissement des ressources abiotiques*, augmentation de la consommation d’énergies et de matières premières, accroissement des émissions de gaz à effet de serre, destruction de la biodiversité, production de déchets… Les risques sur l’environnement et la société peuvent dériver jusqu’à des stress hydriques, des tensions géopolitiques, l’atteinte à la santé mentale, ou même l’obsolescence psychologique* : 88 % des Français changent de smartphone alors que leur ancien appareil fonctionne encore. Or, l’utilisation en masse du numérique est un enjeu majeur pour les entreprises qui sont dépendantes de ces technologies.

     

    Les enjeux du numérique à l’échelle des entreprises

    Le numérique est un enjeu de développement économique et social majeur à l’ère du digital. Les emplois et les services sont devenus compétitifs par l’intermédiaire des nouvelles technologies. L’investissement et l’innovation dans le numérique sont des leviers clés pour faire émerger de nouveaux produits et services pour les clients. Les entreprises sont massivement engagées dans la digitalisation de leurs activités et de leur organisation pour effectuer leur transition énergétique et numérique au sein d’une même approche systémique. L’objectif principal étant d’alléger leur bilan carbone global, dont le numérique occupe une part importante.

    Pour autant, les usages technologiques et les services en constante évolution entraînent de nouveaux besoins et surtout de nouvelles consommations. Les entreprises essaient de réguler ces usages en mettant en place des solutions et des procédures adaptées pour limiter les impacts et économiser au mieux les énergies et les ressources. Le numérique responsable est au cœur de cette réflexion pour alimenter les stratégies RSE et valoriser les bonnes pratiques sans accroître des effets rebonds* non désirables. Que ce soit par de la sensibilisation interne, la mise en place d’indicateurs clés, la réduction énergétique des équipements et des mobiliers ou l’établissement de nouvelles règles informatiques responsables, les actions sur le terrain pour identifier et simplifier les parcours de consommation sont multipliées.

     

    Des solutions sur mesure : de l’écoconception à la frugalité

    Les leviers d’actions pour atteindre une sobriété numérique dans l’entreprise sont variés. Tout d’abord, l’évaluation des besoins est essentielle pour déterminer si l’apport de la technologie est nécessaire ou accessoire. Par exemple, l’envoi d’un courriel de notification systématique avec des liens et des images gourmandes en octets est-il toujours justifié ? L’alternance de solutions dites « low-tech » et de services « high-tech » en fonction des usages désirés est une approche à la « wise tech » qui permet une meilleure flexibilité.

    L’écoconception des logiciels et des programmes employés est aussi un excellent moyen d’évaluer les usages et les interfaces qui peuvent être conçues de manière peu énergivore. Le concept de frugalité transparaît en filigrane dans la philosophie du numérique responsable avec un refus du gaspillage d’énergies et de ressources. Cela permet de réduire sa consommation par la maîtrise de ses besoins en se recentrant sur l’essentiel.

    À plus grande échelle, nous pouvons tous pratiquer au quotidien des gestes numériques responsables. Voici quelques exemples de bonnes pratiques :

    • éviter la multiplication des équipements et réduire le nombre d’objets connectés
    • conserver plus longtemps ses équipements : passer de 2 à 4 ans d’usage pour une tablette ou un ordinateur améliore de 50 % son bilan environnemental
    • penser à la réparation, au reconditionnement ou au recyclage de nos objets électroniques
    • écoconcevoir les services numériques en anticipant nos besoins notamment en termes de data et de stockage pour améliorer notre bilan carbone.

     

    Les actions responsables de chacun, à titre personnel ou dans l’environnement professionnel, permettent de réduire l’empreinte numérique pour une meilleure durabilité, une prise de conscience éthique et un retour à des pratiques ingénieuses. Le numérique est une ressource non renouvelable !

    Infographies

    Notions clés

    Ressources abiotiques : Ensemble des facteurs physico-chimiques d’un écosystème ayant une influence sur un ensemble d’êtres vivants donné. C’est l’action du non-vivant sur le vivant. Ici, nous pouvons parler de l’impact des équipements numériques sur l’écosystème des ressources et des populations mondiales qui est limité. Le numérique doit être considéré comme une ressource non renouvelable.

     

    Obsolescence psychologique : Phénomène par lequel les consommateurs vont changer un produit qui est encore en bon état de fonctionnement ou d’usage parce qu’il apparaît comme daté ou hors des tendances actuelles par rapport aux produits similaires plus récents, notamment dans le domaine de la technologie. Dans le cas des produits high-tech, l’obsolescence esthétique se combine souvent avec l’obsolescence technologique.

     

    Effet rebond : Identifié dès la révolution industrielle, l’effet rebond montre comment l’amélioration du rendement énergétique d’un objet particulier (locomotive, ordinateur, etc.) aboutit la plupart du temps non à une diminution, mais au contraire à un accroissement de la consommation d’énergie globale dédiée à la fonction technique que remplit cet objet (transport ferroviaire, informatique, etc.). Ce paradoxe de Jevons engendre une augmentation de la demande et donc une surconsommation.

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