Entretien : Le marché des obligations vertes ou green bonds

Et si la France devenait le premier État au monde à émettre une obligation verte ? Le 2 septembre dernier, le gouvernement français annonçait son ambition de lancer un green bond souverain. De quoi s’agit-il exactement ? Quels sont les enjeux ? Philippe Zaouati, Directeur général de Mirova, et Orith Azoulay, Responsable de la Recherche ISR chez Natixis nous livrent leurs analyses.

Quelles sont les spécificités des green bonds ?

Philippe Zaouati  – Dans le cadre des obligations vertes, les montants levés auprès des investisseurs sont destinés spécifiquement à financer des projets ou de l'innovation destinés à la transition énergétique de façon large, c'est-à-dire à l'efficacité énergétique ou aux énergies renouvelables. La spécificité est clairement le fléchage de l'argent directement vers les projets, alors que les obligations traditionnelles financent l'ensemble de l'activité de l'entreprise ou de l'émetteur.

 

Les tout premiers green bonds ont été émis par la Banque Européenne d'Investissement, puis par les grandes entreprises et les collectivités locales. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Orith Azoulay – Côté émetteurs, ce qui est remarquable, c'est une diversification croissante du type d'émetteurs, même si encore insatisfaisante. Les annonces des autorités françaises laissent présager des émissions de green bond souverain courant 2017.

 

Le marché a connu une forte croissance cette année, avec un montant d'émissions proche des 55 milliards de dollars contre 35 à 40 l'année dernière.  Comment réagissent les investisseurs ?

Orith Azoulay – Côté investisseurs, l'agenda green prend beaucoup de place et monte dans la hiérarchie des grands investisseurs institutionnels. On observe un appétit croissant pour les fonds spécifiques green bond ou green impact qui se développent parmi les acteurs de la place. On constate surtout l'arrivée de nouveaux acteurs qui n'étaient pas des acteurs historiques de la scène ISR*, ESG** ou même green.

* ISR : investissement socialement responsable

** ESG : environnement, social et gouvernance

 

Concernant les acteurs français de la finance, comment sont-ils positionnés sur les green bonds ?

Philippe Zaouati  – Les acteurs français de la finance sont déjà très bien positionnés sur les green bonds. En effet, la France est le premier marché mondial aujourd'hui en termes d'émissions, avec 15 milliards de dollars. La région Île-de-France, ENGIE et EDF ont été parmi les premiers à émettre. Les grandes banques françaises, dont Natixis, sont également très actives dans ce domaine et dans le secteur de la gestion d'actifs, Mirova est extrêmement bien positionné. Ainsi, la place de Paris a tous les atouts pour devenir la capitale de la finance verte grâce aux green bonds.

 

Que reste-t-il à mettre en place pour développer ce marché ?

Orith Azoulay – Le principal sujet sur le marché des green bonds est celui de la standardisation. Cela implique  d'établir une définition commune du green bond, de fixer des critères d'éligibilité des projets pour le fléchage des montants levés  et enfin, de mesurer l'impact environnemental ou social des projets financés.  Un reporting d'impact normé permettrait ainsi aux investisseurs de réaliser des arbitrages en fonction de l'impact des projets.

Le deuxième levier consisterait à convaincre davantage d'industriels d'émettre des green bonds pour financer les projets d'efficacité ou d'amélioration de leur empreinte carbone.