Allemagne : tendances et défis économiques

Élections fédérales, salon international de l’automobile, l’Allemagne est au cœur de l’actualité de la rentrée. Sylvain Broyer, responsable de la Recherche économique de Natixis, nous livre son analyse sur l’environnement et les perspectives économiques en Allemagne.

 

1/Quelle est la situation économique en Allemagne ?
Quels sont les points forts et les points faibles de l’économie allemande ?

D’un côté, la situation est excellente. Les entreprises n’ont jamais autant exporté et le panier de la ménagère n’a jamais été aussi rempli que cette année. L’État se désendette ; le plein emploi est une réalité. L’avenir des jeunes est radieux, puisque le nombre des 20-24 ans sans emploi, ni formation et stage, a diminué au point d’être le plus bas du G7. En se réformant, le système éducatif a fait d’énormes progrès. Ils se mesurent par un meilleur classement de l’Allemagne aux tests PISA* de l’OCDE** et la hausse du nombre de diplômés dans les matières scientifiques.
D’un autre côté, des écueils subsistent.

  • La forte accélération de la transition énergétique érode la compétitivité-coût du pays. La part des énergies renouvelables est passée de 6 à 20 % en moins de dix ans.
  • Si la robotisation est aussi poussée qu’au Japon ou en Corée du Sud, autres pays très industrialisés à la main d’œuvre vieillissante, l’Allemagne n’est pas à la pointe de la digitalisation. Elle est même en retard dans le développement des services administratifs en ligne ; conséquence du manque d’investissement public. 
  • L’intégration dans l’emploi des réfugiés est un sujet : seuls 13 % d’entre eux trouvent un emploi. 
  • Enfin, le risque de pauvreté des populations en emploi a considérablement augmenté. Il est passé de 10 à 16 % en dix ans, et touche principalement les seniors.

*Programme international pour le suivi des acquis des élèves qui évalue les compétences des élèves de 15 ans dans 72 pays
**Organisation de coopération et de développement économiques


2/Que peut-on attendre des élections fédérales du 24 septembre ? Comment les marchés les anticipent-ils ?
Quelles sont les possibles implications sur l’économie allemande et l’économie européenne ?

Sur les marchés, les élections allemandes ne suscitent pas le même intérêt que les élections françaises. À tort pourtant, car si les conservateurs de la CDU/CSU devraient conserver la Chancellerie, leur choix d’alliance gouvernementale sera structurant. L’Allemagne serait plus encline à doter la zone euro d’une capacité budgétaire commune en cas de poursuite de la grande coalition. Dans l’hypothèse d’une alliance des conservateurs avec les libéraux, l’Allemagne pourrait au contraire pousser vers une Europe à plusieurs vitesses et à l’adoption d’un dispositif sur les faillites d’État.
En revanche, quelle que soit la coalition formée, l’Allemagne devrait infléchir sa politique budgétaire. La plupart des partis proposent des baisses de la fiscalité en faveur des familles et une hausse des investissements publics. Cela favoriserait la croissance, mais n’aurait pas d’impact significatif sur l’excédent courant.
Enfin, la relance du moteur franco-allemand reste à concrétiser. Les préoccupations de la Chancelière ne recoupent que partiellement celles du nouveau Président français. Les principales préoccupations de l’électorat allemand sont les inégalités sociales, le faible rendement de l’épargne et le contrôle de l’immigration, seuls sujets sur lesquels les allemands attendent vraiment l’Europe.

 

3/L’appréciation de l’euro peut-elle compromettre le dynamisme des exportations allemandes ?

L’euro n’est pas particulièrement fort. En termes réels et contre l’ensemble des devises de ses principaux partenaires commerciaux, l’euro est même à son plus bas niveau de la décennie. Ce que nous observons aujourd’hui est avant tout une faiblesse du dollar US, liée aux patinages de la nouvelle administration américaine, et plus récemment aux effets attendus des ouragans.
Ensuite, la sensibilité des exportations allemandes à une appréciation du change est négligeable. L’industrie allemande a depuis longtemps appris à vivre avec une monnaie forte. Cette caractéristique s'est d’ailleurs renforcée avec la zone euro, puisque la parité du Deutsche Mark contre euro avait été fixée à un taux record, qui reflétait les performances économiques du pays à la fin des années 90.


4/Le salon international de l’automobile (IAA 2017) se déroule actuellement à Francfort, le secteur automobile est-il toujours un fleuron de l’industrie allemande ?

L’industrie automobile est indéniablement un secteur clef de l’économie allemande. Les allemands aiment rappeler que l’automobile a été inventée chez eux ! Cette industrie réalise 4,5 % du PIB, 17 % des exportations du pays, et occupe 1,8 % de l’emploi au sens strict ; le double si l’on tient compte de la contribution des secteurs tiers à la production automobile, tels que le transport, les financements, les services informatiques, etc.
L’automobile allemande a perdu de sa superbe dans le « diesel gate » et les accusations de cartel portées à son encontre. Ses constructeurs ne sont pas non plus à la pointe de l’électromobilité. Néanmoins ce n’est pas le premier scandale que l’industrie automobile allemande essuie, en particulier Volkswagen, et l’histoire montre que l’État allemand a toujours su soutenir ce fleuron national.