Transcription de la vidéo : Patrick Artus - Perspectives 2012

Paroles d'Experts - Patrick Artus, directeur de la Recherche et des études de Natixis

[Incrustation]

Perspectives économiques 2012

[Patrick Artus]

Contrairement à une idée reçue et j’expliquerai comment elle est propagée, notre sentiment est que 2012 est déjà et va être une meilleure année que 2011. Alors pourquoi est-ce que ce n’est pas le message qui est parfois passé par les médias ? Parce que les médias, ou le FMI, ou la Banque Mondiale regardent le taux de croissance moyen annuel. Or, il y a une chose mécanique comme vous le savez, c’est que si la fin de 2011 est basse, mécaniquement vous baissez la moyenne annuelle 2012 puisque vous commencez 2012 avec un niveau faible d’activité. Donc on va avoir des taux de croissance moyen annuel plus bas dans le monde, en 2012, qu’en 2011, ce qui n’empêche qu’en termes de profil, on est maintenant dans une situation, dans une dynamique d’amélioration tendancielle alors qu’on a été dans une dynamique de détérioration tendancielle en 2011, jusque, selon les pays, le milieu de l’année ou la fin de l’automne 2011. Donc si vous regardez, je vous parlais de moyenne annuelle, mais le profil de l’activité mondiale, l’activité mondiale a touché un point bas cyclique, appelons cela comme ça, vers le mois de septembre, octobre 2011, et depuis il remonte gentiment. Ce n’est pas la courbe de croissance mais on a une amélioration.

[Incrustation]

Quels sont les mécanismes qui provoquent cette amélioration ?

[Patrick Artus]

Le premier mécanisme c’est que, aux EU, on commence à avoir les effets des politiques monétaires très expansionnistes qui ont été menées. Ca a été pénible, vous savez qu’il y a eu énormément de monnaie qui ont été injectée par la réserve fédérale, par la banque centrale dans l’économie américaine et on a douté, un moment, que ceci aurait jamais le moindre effet, parce que cet effet n’est pas venu par le canal habituel. D’habitude, quand une banque centrale fait une politique très expansionniste, elle prête des liquidités aux banques et les banques prêtent ces liquidités et prêtent davantage. Normalement, c’est ce que l’on apprend à nos étudiants en sciences économiques, repartir l’économie par un redémarrage du crédit. Bon, il n’y a pas du tout de redémarrage du crédit, ni aux EU, ni en Europe, ni au Japon, ni au RU et donc, ce qui a fait repartir l’économie américaine c’est un autre mécanisme un peu plus original : c’est que les ménages américains, les individus eux aussi ont reçu des liquidités. Ils ont vendu des obligations, qui ont été achetées par la Banque centrale qui a payé en créant de la monnaie. Comme cette monnaie est rémunérée à 0 % pratiquement aux EU, ils ont décidé finalement qu’il fallait dépenser la liquidité qu’ils avaient reçue. Et le redémarrage de la consommation aux EU est en train de relancer globalement l’économie : on a maintenant un redémarrage de l’immobilier résidentiel, les permis de construire vont augmenter, on a un redémarrage de l’investissement des entreprises, une amélioration du marché du travail, on a gagné 1 point et demi déjà sur le taux de chômage, l’économie américaine créée 150 000 emplois par mois, les exportations ne se portent pas trop mal parce que l’industrie a repris du poil de la bête, a réinvesti, a amélioré sa compétitivité, et donc, à nouveau ce n’est pas un boum économique, mais les EU vont avoir une croissance raisonnable en 2012. C’est difficile encore de dire si c’est 2, virgule un petit peu, ou 2,5 mais enfin c’est probablement plus de 2 % de croissance et c’est une croissance en réalité plus forte que l’année dernière avec un point bas de l’économie américaine qui est à la fin du printemps de l’année dernière.

Pays émergents, alors c’est un mécanisme beaucoup plus traditionnel. Les banques centrales ont décidé d’arrêter de monter les taux d’intérêt et de durcir les conditions du crédit et commencent à faire l’inverse. On est à la fin, on atteint à la fin de l’année dernière la fin du cycle de durcissement de la politique monétaire dans les pays émergents et depuis la politique monétaire devient plus expansionniste en Chine, au Brésil, en Corée, en Thaïlande, je peux vous faire une longue liste de pays émergents de cette sorte, et dans les pays émergents on est toujours dans un modèle très traditionnel qui continue à marcher : quand vous baissez les taux d’intérêt, il y a plus de gens qui s’endettent et comme il y a plus de gens qui s’endettent, il y a plus de consommation, il y a plus de logements, il y a plus de stocks, et c’est tout ça qu’on voit. À nouveau, ce n’est pas très violent mais qu’on commence à voir très clairement dans les pays émergents c’est que, en particulier en Chine, le maintient d’une activité de construction très forte, la reprise de la consommation, la reprise des stocks et la reprise du crédit et de la création monétaire.

Alors, zone euro, c’est un cas un petit plus compliqué parce que là il n’y a pas d’amélioration vraiment de la croissance, au contraire, on est quand même très pessimiste sur la croissance dans un certain nombre de pays qui sont des pays où il y a des réductions très rapide des déficits publics, c'est-à-dire la Grèce et le Portugal, mais aussi l’Espagne, l’Italie dans une certaine mesure toujours la France, on peut se battre pour un dixième de point de croissance mais la croissance française c’est juste au dessus de 0 probablement pour cette année en 2012, mais on voit que la crise des dettes publiques est en train de s’arranger. Les taux d’intérêt que payent l’Italie, l’Espagne, la Belgique etc. et même la France ont baissé et il ont baissé pour une raison qui est d’abord que les marchés financiers commencent à comprendre qu’il n’y aura pas de rupture de l’euro, c’est une hypothèse qui n’est pas sérieuse, et deuxièmement la BCE et Mario Draghi ont énormément prêté aux banques et une partie de ces prêts aux banques qui ont été faits sans compter et à 1 % de taux d’intérêt par la BCE, est reprêtée aux états. Et ceci est particulièrement clair dans des pays comme l’Italie ou l’Espagne, où les baisses des taux d’intérêt sur les emprunts des états, sur les dettes publiques, viennent de ce que les banques sont devenues acheteuses de dettes publiques parce qu’elles peuvent se financer très facilement à la BCE à des taux d’intérêt faibles. Alors, on critique souvent la BCE parce qu’elle refuse d’acheter directement des dettes publiques au-delà d’un tout petit montant. Si elle crée de la monnaie pour financer les banques qui achètent des dettes publiques, vous voyez qu’il n’y a pas beaucoup de différence du point de vue des mécanismes économiques. Donc en réalité, c’est bien la BCE qui est derrière l’amélioration de la crise de la zone euro.

On a aussi une meilleure coopération entre les Gouvernements, moins de dissensions. Les Allemands sont devenus plus coopératifs. On a le sentiment que tout le monde a envie de s’en sortir, ce qui n’était pas forcément le cas il y a six mois. Plus personne ne pense que les Allemands ont envie de faire éclater la zone euro, Angela Merkel dit ouvertement l’inverse tous les jours, que l’objectif ultime c’est une union politique, bien sûr avec beaucoup de difficultés, de travail d’ici là, mais enfin on a beaucoup moins le sentiment aussi qu’il y a six mois d’une très grande divergence de position. Il y a des divergences sur le chemin mais il me semble que sur l’idée qu’à long terme on sera sur une union politique, même les Allemands aujourd’hui se sont ralliés à cette idée ce qui évidemment change la perception des anglo-saxons par exemple sur l’avenir de l’euro.

Donc voilà, ça va quand même un peu mieux. Alors bien sûr l’économie de la zone euro elle-même, va souffrir puisque 2012 c’est l’année où tous les pays sans exception réduisent leur déficit public. Donc les Français, les Espagnols, les Italiens, les Grecs, les Portugais, les Anglais qu’il faut regarder aussi, c’est un grand partenaire commercial, les Allemands, les Belges, les Autrichiens, donc tout le monde réduit en même temps ses déficits publics. Donc en termes de PIB ça ne peut pas être une bonne année mais on est quand même sorti de la crise violente puisque à nouveau on adopte une approche beaucoup plus coopérative pour aider les pays à se financer à des taux d’intérêt à peu près raisonnables.